Nouveau cinéma basque

Avec une identité culturelle très forte, le Pays Basque est sans doute l’une des régions d’Espagne les plus fertiles pour la création artistique. Ce cycle parcourt les divers chemins pris ces derniers temps par le cinéma basque, des films à gros succès aux productions d’auteur indépendantes. Depuis un peu plus d’une décennie, certains lieux et événements ont fait pousser le germe d’une vague de cinéma indépendant qui s’est révélée l’une des plus intéressantes et prolifiques du territoire espagnol. Le festival Punto de Vista à Pampelune, les universités, le centre Arteleku et, plus récemment, le centre Tabakalera à Saint- Sébastien… ont créé un terrain propice à l’échange, la réflexion commune et la création. Bilbao, Saint-Sébastien et la Navarre sont ainsi devenus les trois côtés d’un triangle dans lequel circulent les créateurs. Le documentaire est un des terrains d’expression de ce phénomène varié et stimulant. Une longue liste de titres et de réalisateurs pourrait être citée. Nous en profiterons pour revoir l’excellent Mudar la piel de Cristóbal Fernández et Ana Schulz (Prix du Meilleur Documentaire 2019 à Cinespaña) et le surprenant La casa Emak Bakia d’Oskar Alegria, qui suit la trace de l’artiste Man Ray sur la côte basque. Nous découvrirons également Converso de David Arratibel, un conflit familial devenu un film de réconciliation. De la vaste production de courts-métrages, une attention spéciale mérite d’être portée aux œuvres réalisées par des femmes et qui traitent de l’identité féminine. Le programme de courts Cuerpos, gritos y escenas de vida est un mélange de films enquêtes, de récits autobiographiques, de création documentaire et d’animation. Des films sur l’urgence de la réflexion féministe la plus actuelle. Le cinéma basque présente aujourd’hui ce double registre : un cinéma d’auteur dont les réalisateurs sont pleinement reconnus sur le territoire espagnol et un cinéma commercial de qualité rencontrant de vifs succès. La structurede production Moriarti, avec les cinéastes Jose Mari Goenaga, Jon Garaño et Aitor Arregi à sa tête, a ainsi produit les premiers films de langue basque diffusés sur tout le territoire espagnol et dans d’autres pays comme la France. Le Focus qui leur est dédié présentera leur quatre succès maison : 80 egunean, Loreak, Handia et, en avant-première, Une vie secrète. Enfin, le panorama ne serait pas complet sans un échantillon d’humour basque au cinéma. À l’instar de son aîné Álex de la Iglesia, le scénariste et réalisateur Borja Cobeaga, issu du monde du court-métrage et de la télévision, n’hésite pas à exploiter dans ses comédies brillamment déjantées la parodie et l’autodérision pour parler du caractère basque. Le rire s’avère bien souvent la meilleure des thérapies pour soigner les blessures historiques.