Cycles parallèles

Cronocrímenes

Comédies fantastiques & autres mondes parallèles

logo-cinematheque-de-toulouseQui n’a jamais rêvé d’inverser le cours du temps, de modifier le passé pour changer le présent ? Qui n’a jamais souhaité disposer du don d’ubiquité ou de la capacité de mener plusieurs existences simultanément ? Bienvenue dans le monde des distorsions temporelles. Un monde échafaudé au XXe siècle par les théories quantiques des univers multiples et la science-fiction, mais aussi, et de manière plus surprenante, par une veine de comédies fantastiques portées vers l’absurde et des formes décomplexées voire étourdissantes de narration.

Par sa nature merveilleusement artificielle, le cinéma offrait dès l’origine la possibilité d’une fuite hors du temps rationnel et linéaire de la modernité. Ce n’est cependant qu’au tournant des années 1990 qu’apparait aux États-Unis un genre de film spécifiquement voué aux distorsions temporelles et destiné à renouveler la comédie. Avec Un jour sans fin (Harold Ramis, 1993), The Truman Show (Peter Weir, 1998) ou Dans la peau de John Malkovitch (Spike Jonze, 1999) – liste à laquelle il convient d’ajouter le nom du scénariste et réalisateur Charlie Kaufman –, s’opère en effet une véritable révolution du motif classique du voyage dans le temps. Sous l’influence d’écrivains tels Philip K. Dick, ces œuvres postulent la nature perméable du temps et en particulier du présent, conçu comme un espace aux variations infinies.

Bien que le cinéma espagnol ait généralement cherché à suivre les chemins du réalisme, des auteurs ont néanmoins œuvré à la constitution d’un courant de films temporels plus imaginatif. Et ils l’ont fait, comme souvent dans la culture espagnole, dans un rapport constant à l’ironie, au grotesque et à la satire sociale, que ce soit dans les expérimentations sur le destin d’Edgar Neville ou de Luis Buñuel, dans les radiographies de la mémoire de Carlos Saura ou de Bigas Luna ou encore dans les récits labyrinthiques d’Aritz Moreno ou de Juan Cavestany. Cronocrímenes, aspire à dresser une première histoire de ce courant en proposant une sélection de neuf longs-métrages, réalisés entre 1945 et 2020, et une rencontre avec son plus remarquable représentant en activité, le cinéaste Nacho Vigalondo.

Crimes temporels, donc… Non pas qu’il soit tellement question de meurtres (encore que cela puisse parfois être le cas), mais plutôt d’entorses diverses et variées à la chronologie, d’atteintes manifestes aux règles définissant le principe de réalité. Des vies parallèles au temps apocalyptique, de l’involution psychique à la contamination fictionnelle du réel, du double à la boucle temporelle, de l’effet papillon à la réalité virtuelle… le spectateur est convié à une célébration délirante d’illusions, de paradoxes et de bifurcations qui, pour fantaisistes ou loufoques qu’elles soient, n’ont rien d’inoffensif.

Car la leçon de cinéma du film de distorsion temporelle s’apparente davantage à une connaissance par les gouffres qu’à un simple divertissement. Quand l’esprit commence à jouer avec les catégories du temps, ce n’est pas seulement notre perception qui vacille, mais l’univers tout entier. Mille questions troublantes nous assaillent tant notre rapport au monde et à nous-mêmes est fondé, sans que l’on en soit toujours conscients, sur une expérience partagée du temps. Si l’on peut imaginer se libérer ne serait-ce qu’une seconde du fleuve du temps, si un seul petit détail grippe la machine, alors toute rationalité s’effondre.

Installez-vous confortablement, que craquent donc les coutures du réel et qu’advienne l’impossible.

  • Loïc Díaz-Ronda, Co-directeur de Cinespaña
  • Franck Lubet, Responsable de programmation de la cinémathèque

Temps forts

Rencontre avec Nacho Vigalondo

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Cinémathèque de Toulouse.

Le 02 octobre 2021 à 18:00