Avec la Cinémathèque de Toulouse
Un voyage dans le cinéma de la transition démocratique, quand un vent de liberté renversait les piliers du franquisme.
À la suite de la mort du général Franco le 20 novembre 1975, s’ouvre en Espagne une Transition démocratique qui conduit le pays au retour progressif des libertés. Bien décidé·es à empêcher le retour du fascisme, les Espagnol·es vont vouloir user pleinement, entre 1976 et l’alternance politique de 1982, de leur liberté d’expression retrouvée.
Le cinéma espagnol est appelé à jouer un rôle fondamental dans la libération de l’imaginaire collectif. Dès 1977, la parole politique se libère avec la tenue des premières élections démocratiques ; les images font de même avec l’abolition de la censure cinématographique.
Le cinéma de fiction va représenter ce qui était jusqu’ici réprimé ou tenu pour interdit sur les écrans, à commencer par certaines formes de violence et de sexualité. Les fictions de la Transition se peuplent ainsi de corps dénudés, souvent violentés, d’actes sexuels multiples, dans toutes leurs orientations, de drogues diverses, ouvertement consommées, de crimes et de délits, crânement montrés : bref, un abondant kaléidoscope d’excès visuels et de comportements encore prohibés il y a peu.
Ce cinéma de la Transgression, plutôt que de la Transition démocratique, se veut volontairement cru et provoquant. Évoluant entre sensationnalisme journalistique et racolage érotico-commercial, l’exposition sans fard des questions sociales brûlantescomme la transgression des valeurs franquistes (famille, religion, autorité, nationalisme) y a valeur de programme.
L’ambition de « Plaisirs subversifs, Espagne 1977-1984 » est de proposer un corpus de films où la libération des tabous et de la censure franquistes se double d’une réflexion critique et d’une véritable créativité.

Notre parcours débute avec El puente (1977), un road movie qui détourne les codes de la comédie « sexy » espagnole en un film politique où les corps, d’objets de consommation, deviennent les sujets d’une conscientisation sur les maux de l’Espagne de la Transition.
Il s’achève, à la limite du spectre temporel de la Transition, avec Poppers (1984), un revenge movie teinté de sadisme qui exploite la culture visuelle de la Movida pour régler les comptes de la jeunesse avec la dernière génération franquiste, celle des pères.
Entre ces deux bornes, une demi-douzaine de films – de Pedro Almodóvar (Dans les ténèbres,1983) à Eloy de la Iglesia (El sacerdote, 1978), du cultissime Arrebato (1979) au diptyque Tigres de papel (1977) / ¿Qué hace una chica como tú en un sitio como este? (1978) en passant par le méconnu Barcelona Sur (1980) – qui explorent les plaisirs politiques et la politique des plaisirs de la jeune démocratie espagnole.
Attention, certains films de ce cycle comportent des avertissements pour le jeune public. Détails à venir
Ouverture du cycle : Samedi 3 et dimanche 4 octobre à la Cinémathèque de Toulouse
Carte blanche et rencontre avec le réalisateur et archiviste Alberto Sedano
Producteur, programmateur et archiviste cinématographique, Alberto Sedano dirige le label d’édition Blu Ray Bizarro Releasing, consacré à la récupération du cinéma espagnol le plus extravagant. Il fait également partie de l’équipe de Severin Films, où il s’occupe des acquisitions et de la restauration des films espagnols ainsi que de la production de bonus éditoriaux. Il collabore régulièrement avec des salles de cinéma, des musées et des institutions culturelles. Il a également été jury et consultant pour divers festivals, forums de coproduction ou programmes de financement. Exorcismo est son premier long-métrage documentaire.

Exorcismo – Alberto Sedano
Dimanche 4 octobre à 15h – Suivi d’une rencontre avec le réalisateur
2024 ꞁ Espagne ꞁ 122 min ꞁ VOSTF
Avec la fin de la dictature, le cinéma espagnol donne le jour à des films d’exploitation complètement débridés. Erotisme, violence, horreur, un vrai déferlement d’interdits charriés par une production aussi chaotique qu’effervescente. C’est cheap, c’est vulgaire, c’est trash. Le public adore. La jeune démocratie, qui a fait sauter la censure, met en place une classification spécifique pour encadrer cette production sauvage : la catégorie « S »… Une histoire courte et intense, comme le punk à la même époque, qu’Alberto Sedano nous raconte avec celles et ceux qui l’ont faite. Le film est narré par Iggy Pop et compte avec la participation de Gaspar Noé, Álex de la Iglesia et Jack Taylor.
Carte blanche à Alberto Sedano


El Sacerdote
1978 ꞁ Espagne ꞁ 109 min ꞁ VOSTF
Samedi 3 octobre à 21h30
Poppers
1984 ꞁ Espagne ꞁ 83 min ꞁ VOSTF
Dimanche 4 octobre à 20h00